Configurateurs

Configurateur produit 3D : comment ça se construit

Nous avons mis en ligne le configurateur d'un chantier naval en douze jours. Ce n'est pas une performance technique. C'est ce qui arrive quand la partie longue du projet a déjà été faite, sans que personne ne s'en rende compte.

Par Wake Systems··8 min de lecture

Douze jours, et ce que ce chiffre dit vraiment

Entre la première réunion avec le chantier naval et la mise en production, il s'est écoulé douze jours. L'outil permet à un acheteur de composer son bateau, coque, superstructure, finitions de pont, sellerie, motorisation et électronique, et d'en sortir une fiche de spécifications chiffrée.

Ce délai surprend, et il est souvent mal lu. Il ne signifie pas que construire un configurateur est trivial. Il signifie que le directeur commercial avait le catalogue et les règles de compatibilité en tête, et qu'il a accepté d'y consacrer une à deux journées dès le départ.

Sur les projets où ces journées n'ont pas lieu, le même outil demande bien davantage. L'écart ne porte pas sur le développement, qui occupe à peu près le même temps dans les deux cas. Il porte sur un travail que personne n'avait identifié comme du travail.

Les règles que personne n'a jamais écrites

Dans toute entreprise qui vend un produit configurable, il existe un ensemble de règles qui disent ce qui va avec quoi. Cette motorisation impose ce pack électrique. Cette finition n'existe pas sur ce modèle. Au-delà de telle dimension, il faut tel renfort.

Ces règles sont parfaitement connues. Elles sont simplement stockées dans la tête de deux ou trois personnes, à l'atelier et au bureau d'études, et elles s'appliquent au moment de la relecture d'un devis. Personne ne les a écrites, parce que personne n'en a jamais eu besoin sous forme écrite.

Un configurateur, lui, en a besoin. Il doit refuser une combinaison avant qu'un acheteur ne la compose, et non après qu'un commercial l'ait relue. C'est pourquoi la première séance d'un projet de configurateur est presque toujours la première fois que ces règles sont formulées à voix haute.

Cette séance a un effet secondaire que les clients mentionnent souvent avant les autres bénéfices : elle fait apparaître des désaccords internes. Deux personnes énoncent la même règle différemment, ou un commercial propose depuis des années une option que l'atelier considère comme abandonnée. Ces écarts se tranchent une fois, et ils ne reviennent plus.

C'est la raison pour laquelle le calendrier d'un projet de configurateur ne se lit pas sur le nombre d'écrans. Il se lit sur l'état du catalogue et sur la disponibilité de la personne capable d'arbitrer.

Ce que l'on construit, et dans quel ordre

Sur les projets que nous menons, l'ordre de montage est presque toujours le même, et chaque couche dépend de la précédente.

  • Le catalogue d'options : familles, variantes, références, prix. C'est un travail de catalogue, pas de développement, et c'est lui qui fixe la date de mise en ligne.
  • Les règles de compatibilité : ce qui exclut, ce qui impose, ce qui dépend d'une dimension.
  • Le rendu : la fabrication des visuels et leur assemblage en direct.
  • La sortie : le récapitulatif, le prix, la fiche de spécifications et son acheminement.

Les projets qui dérapent commencent par le rendu, parce que c'est la partie que l'on peut montrer en réunion. Ceux qui tiennent leur calendrier commencent par le catalogue, quitte à faire la première démonstration avec des images provisoires.

Un configurateur dont les images sont magnifiques et les règles approximatives produit des devis que l'atelier refuse. L'inverse, des images provisoires et des règles justes, produit des devis signables dès la première semaine.

Les visuels, en deux mots

Deux familles de réponses existent. La première compose les images par calques : un visuel de base par point de vue, puis une couche par variante, empilées selon les choix de l'acheteur. La seconde affiche un modèle 3D que l'acheteur fait tourner librement.

Dans les deux cas, les visuels sont produits une fois puis réutilisés par toutes les combinaisons. On ne photographie jamais chaque combinaison possible : on photographie chaque variante une fois.

L'arbitrage entre les deux, avec le calcul qui le tranche : Configurateur 2D ou 3D, lequel choisir pour votre produit

Les produits sur lesquels cela se justifie

Un configurateur devient rentable quand trois conditions se rejoignent : le produit se décline en options visibles, la valeur unitaire est élevée, et le cycle de vente comporte des allers-retours.

Le nautisme, les véhicules de loisir, le mobilier et la menuiserie, les machines et équipements industriels, l'aménagement intérieur : ce sont les familles où ces trois conditions se rencontrent le plus souvent.

Le bon indicateur n'est pas le nombre de références au catalogue. C'est le nombre de combinaisons que vos commerciaux chiffrent à la main chaque mois, parce que c'est exactement le volume que le configurateur reprend à son compte.

À l'inverse, un produit vendu en deux variantes et expédié le lendemain n'en a pas besoin. Une bonne fiche produit suffit, et coûte dix fois moins cher.

Le budget et les délais, selon l'état du catalogue

Le calendrier se déduit directement de l'état dans lequel se trouve votre catalogue.

  • Une à deux journées pour écrire le catalogue et les règles, quand les informations existent déjà dans l'entreprise.
  • Une à deux semaines pour construire le configurateur lui-même.
  • Le reste du calendrier dépend uniquement de la production des visuels, quand ils n'existent pas encore.

Côté budget, un configurateur se situe en moyenne entre 6 000 et 25 000 euros. Cette moyenne n'a de limite ni en bas ni en haut : une gamme unique avec des visuels existants coûte moins, un catalogue entier relié au chiffrage et à la production coûte davantage. Les écarts viennent presque toujours du nombre de variantes visuelles, rarement du code.

Un poste se négocie avant la signature plutôt qu'après : qui met le catalogue à jour. Sur nos projets, les nouveaux modèles et les prix sont saisis par le client, sans intervention de développeur. C'est la différence entre un outil qui vit et un outil qui se périme en six mois.

La décomposition d'un budget poste par poste : Combien coûte un logiciel sur mesure

Ce qui change une fois l'outil en service

Le configurateur du chantier naval produit aujourd'hui des fiches de spécifications assez précises pour être chiffrées sans un seul e-mail de clarification.

Le premier effet est un déplacement de la conversation commerciale. L'acheteur arrive en ayant déjà composé, comparé et hésité. L'entretien commence donc beaucoup plus loin et porte sur la décision, pas sur la description.

Le deuxième est la disparition d'une catégorie entière d'erreurs. Quand les combinaisons impossibles ne sont jamais proposées, elles ne remontent plus en production.

Le troisième est celui que personne n'avait demandé, et c'est souvent le plus apprécié : le commercial, l'atelier et le client regardent enfin la même configuration, avec les mêmes options et le même prix. Les malentendus de commande, qui coûtent cher et se découvrent tard, disparaissent avec elle.

Si vous envisagez un projet de ce type, la question à vous poser en premier n'est pas technique : qui, chez vous, pourrait passer une à deux journées à écrire les règles de votre catalogue ? La réponse détermine votre calendrier plus sûrement que n'importe quelle spécification.