Budget
Combien coûte un logiciel sur mesure
Deux entreprises demandent un portail client. L'une reçoit un devis à 9 000 euros, l'autre à 90 000. Les deux prestataires sont sérieux et les deux devis sont justes. Voici ce qui sépare réellement ces deux projets.
Par Wake Systems··10 min de lecture
Les mêmes mots, un facteur dix
Un « portail client » peut désigner un espace de consultation en lecture seule, où le client retrouve ses factures. Il peut aussi désigner une plateforme avec droits par rôle, signature électronique, paiement et écriture dans le système de gestion. Le mot est identique, le travail n'a aucun rapport.
C'est la raison pour laquelle aucun prestataire sérieux n'affiche de grille tarifaire. Ce n'est pas de l'opacité : c'est qu'une grille supposerait que le mot décrive le travail, ce qui n'est jamais le cas.
Un prestataire qui annonce un prix avant d'avoir compris le besoin fait l'une de deux choses : il vend un produit standard déguisé, ou il prévoit de se rattraper en avenants. Les deux finissent mal, et le client s'en aperçoit au pire moment.
En revanche, un cadrage sérieux doit aboutir à une fourchette ferme avant la première ligne de code. Si personne ne peut vous la donner après deux ou trois séances de travail, prenez-le comme un signal.
Le cas particulier est l'unité de coût réelle
Le facteur qui fait le plus varier un budget n'est ni le nombre d'écrans ni le nombre d'utilisateurs. C'est le nombre de cas particuliers.
Prenons deux entreprises qui demandent le même outil de suivi de commandes. La première applique les mêmes conditions à tous ses clients. La seconde en a de différentes selon le client, le volume commandé, la saison et l'ancienneté de la relation. Les deux outils ont les mêmes écrans. Ils n'ont pas du tout le même prix.
La raison est simple : un cas particulier ne s'ajoute pas, il se combine. Il faut le comprendre, l'écrire, le tester, puis vérifier qu'il reste compatible avec tous les autres. C'est ce travail de vérification croisée qui coûte, et il grandit beaucoup plus vite que le nombre de cas.
Ces cas particuliers existent déjà chez vous, et ils fonctionnent, parce qu'une personne les connaît et les applique. Le projet consiste précisément à les sortir de sa tête, et c'est la partie que personne ne chiffre au premier rendez-vous.
La bonne question en cadrage n'est donc pas « combien de fonctions ? » mais « combien de situations vos équipes traitent-elles à la main aujourd'hui, parce que la règle générale ne s'applique pas ? ». C'est la réponse qui chiffre le projet.
Ce qui sépare un projet à 3 000 d'un projet à 15 000 euros
Commençons par ce qui ne les sépare pas : la quantité de logiciel. Un outil à 3 000 euros peut être complet, utilisé toute la journée par toute une équipe, et comporter autant d'écrans qu'un outil à 15 000. L'écart ne se lit pas dans ce que vous voyez à l'usage.
Il se loge dans trois endroits, tous invisibles depuis l'interface.
- Les raccordements. Se brancher sur un outil courant, qui expose une interface documentée et prévue pour ça, prend quelques jours. Se brancher sur un système plus ancien, ou sur un outil interne qui n'a jamais été conçu pour parler à quoi que ce soit, demande d'inventer le chemin, de le tester et de le surveiller ensuite.
- Le degré d'invention du processus. Si votre façon de travailler ressemble à celle des autres entreprises de votre métier, le chemin est connu et se construit vite. Si elle vous est propre, et c'est souvent elle qui fait votre valeur, il faut la comprendre, l'écrire, puis la traduire. C'est du temps de réflexion partagée, pas du temps de développement.
- Le nombre de cas particuliers, pour les raisons vues plus haut : ils ne s'ajoutent pas, ils se combinent.
Deux exemples fixent les idées mieux qu'une grille. Un outil de suivi d'interventions, utilisé par huit personnes, avec saisie sur mobile, photos et export mensuel : si la règle est la même pour tous et que rien ne doit parler à un autre système, il se construit dans le bas de la fourchette.
Le même outil, dans une entreprise dont la facturation suit des barèmes qui lui appartiennent, qui doit écrire dans un logiciel de gestion ancien, et où trois profils ont des droits différents : même interface, mêmes écrans, même confort pour l'utilisateur, et plusieurs fois le budget.
C'est pour cela qu'un devis ne se lit pas au nombre de fonctions. Il se lit sur ces trois lignes, et c'est à vous de les décrire au premier rendez-vous, parce que vous êtes seul à les connaître.
Au-delà, le raisonnement ne change pas, il change d'échelle. Une plateforme à 60 000 euros n'a pas vingt fois plus d'écrans qu'un outil à 3 000 : elle a des utilisateurs externes, des obligations de sécurité, plusieurs systèmes raccordés et des règles truffées de cas particuliers.
Des ordres de grandeur par type de projet
Les fourchettes qui suivent sont des moyennes, et il faut insister sur ce mot. Elles n'ont de limite ni en bas ni en haut : un périmètre très ciblé coûte moins, une plateforme multi-sites coûte beaucoup plus. Elles sont hors maintenance.
- Un outil métier sur mesure, quel qu'en soit l'objet : entre 3 000 et 15 000 euros en moyenne.
- Un portail client avec authentification, documents et suivi : la même fourchette.
- Un agent IA en production, raccordements compris : la même fourchette également.
- Une chaîne de traitement automatisée, images ou documents : à partir de 3 000 à 5 000 euros, plus un coût d'usage au volume traité.
- Un configurateur produit, qui demande un catalogue et des visuels : entre 6 000 et 25 000 euros en moyenne.
Ces chiffres se lisent dans le bon sens. Le même mot peut désigner un projet à 4 000 euros et un projet à 100 000, selon le nombre de systèmes raccordés, d'utilisateurs externes et de cas particuliers. Ce ne sont pas des prestataires différents : ce sont deux projets sans rapport.
Un repère utile en revanche : les projets les plus rentables ne sont presque jamais les plus chers. Un outil ciblé entre en service pendant que le grand projet en est encore au cadrage, et il commence à faire gagner du temps immédiatement.
Le coût de la troisième année
Comptez entre 10 et 20 % du budget initial par an : mises à jour de sécurité, adaptation aux évolutions des systèmes connectés, corrections, petites demandes. Ce poste n'est pas une option. Il est seulement différé si on l'ignore, et il se paie alors d'un coup, plus cher.
À cela s'ajoutent les coûts d'exploitation : hébergement, services facturés à l'usage, sauvegardes. Sur un outil interne classique, ils restent modestes. Sur une chaîne qui consomme un moteur au volume, ils deviennent le poste principal dès la deuxième année.
La question à poser en comparant deux devis n'est donc pas « combien coûte le projet », mais « combien coûte cet outil la troisième année, tout compris ». C'est ce chiffre qui décide, et il réordonne souvent le classement des propositions.
Un contrat de maintenance sain précise trois choses : ce qui est inclus, le délai de prise en compte d'une anomalie bloquante, et ce qu'il advient du code si vous changez de prestataire. Ces trois points se négocient avant la signature, jamais après.
Les trois leviers qui fonctionnent vraiment
Réduire le périmètre initial est le seul levier qui ne dégrade rien. Livrez d'abord ce qui est utilisé tous les jours, mettez-le en production, observez. La moitié des fonctions demandées au départ ne sont jamais réclamées une fois l'outil en service.
Acceptez les conventions là où elles ne vous distinguent pas. Un tableau standard, un formulaire classique, un export au format attendu : gardez l'effort de conception pour les endroits qui font votre différence.
Préparez vos données et vos règles. Un référentiel propre, des exceptions écrites et une personne capable de trancher : c'est la différence entre un projet qui avance et un projet qui attend. Personne ne peut faire ce travail à votre place, et il détermine souvent le budget final.
Lire un devis en cinq points
Un bon devis se reconnaît à des détails simples.
- Il distingue le cadrage, la construction, les raccordements, la mise en service et la maintenance annuelle, avec un montant pour chacun.
- Il nomme les systèmes auxquels l'outil doit parler, et la façon dont il leur parlera.
- Il indique ce qui est explicitement hors périmètre. Un devis sans exclusions n'a pas été réfléchi.
- Il prévoit une mise en production avant la fin du projet, pas le dernier jour.
- Il dit à qui appartient le code et où il est hébergé.
Si deux propositions diffèrent fortement sur ces cinq points, elles ne chiffrent pas le même projet, et les comparer sur le total n'a aucun sens. Ramenez-les au même format avant de décider.
