Traitement d'images
Comment automatiser la retouche de 30 000 photos
Un loueur d'accessoires de cinéma détenait plus de 30 000 références en réserve. Une partie n'avait jamais atteint le catalogue, non par manque de photos, mais parce que les préparer une à une demandait un temps que personne n'avait. Voici ce qu'a demandé la chaîne qui a traité l'ensemble.
Par Wake Systems··9 min de lecture
Du stock qui n'existait pas pour les clients
La demande n'est pas arrivée sous la forme « automatisez notre retouche ». Elle est arrivée sous la forme « une partie de notre réserve n'existe pas pour nos clients ».
Cette nuance décide de tout, parce qu'elle fixe la mesure du succès. Ce n'était pas un problème esthétique : c'était du stock invisible, donc du chiffre d'affaires qui ne se faisait pas.
L'objectif n'a donc jamais été la plus belle image possible, mais un catalogue complet, puis qui avance au rythme des acquisitions. Une photo prise dans la journée devait être consultable le lendemain.
Douze jours ont suffi, de bout en bout. Ce délai couvre la construction de la chaîne et le traitement complet des 30 000 références existantes, pas seulement la mise en route. Elle absorbe aujourd'hui environ 12 000 images par an, produites sans studio, entre deux étagères de la réserve.
Le fichier qui ment sur son format
La première panne de volume n'avait rien à voir avec le détourage, ni avec l'intelligence artificielle. Une partie du catalogue était constituée de photos prises au téléphone, dont le format d'origine avait été simplement renommé au moment du transfert.
Pour un humain, ces fichiers s'ouvrent normalement. Pour la chaîne qui les lit, ils sont illisibles : l'extension annonce une chose, le contenu en est une autre. Le traitement s'arrêtait net, avec un message qui ne disait rien d'utile sur la cause réelle.
La correction a pris une ligne de configuration. La trouver a pris plusieurs jours, parce que l'erreur se présentait comme un problème d'image abîmée et non comme un problème de format.
C'est l'enseignement principal du projet, et il n'est pas technique : avant d'écrire une chaîne de traitement, il faut inventorier ce qui entre réellement dedans. Pas ce qu'on croit qui y entre. Les photos d'un catalogue réel ne ressemblent jamais au jeu d'essai qu'on prépare pour la démonstration.
Ce qui échoue n'échoue jamais une seule fois
Ce problème de format s'est produit des centaines de fois. Dans les journaux de la chaîne, cela donne des centaines de lignes d'erreur identiques à un détail près, chacune portant un nom de fichier différent.
Tant qu'on lit des journaux bruts, on voit un fleuve et on n'en conclut rien. On corrige la dernière erreur aperçue, pas la plus fréquente, et on recommence le lendemain.
Nous avons donc regroupé les occurrences par empreinte : le message est normalisé, les identifiants et les noms de fichiers remplacés par des marqueurs, et tout ce qui partage la même signature devient un seul problème assorti d'un compteur.
Ce changement de point de vue est le plus rentable de tout le projet, et il ne produit aucune image. Une liste de dix problèmes classés par fréquence se traite dans l'ordre, en une matinée. Un fleuve de milliers de lignes ne se traite pas du tout.
Ce que la machine fait bien, et ce qui reste à l'œil
Sur un objet opaque correctement éclairé, le détourage automatique produit un résultat qu'un œil exercé distingue difficilement d'un détourage manuel soigné.
Mais le vrai gain n'est pas la qualité d'une image isolée : c'est la constance. Un catalogue traité à la main varie selon la personne et selon l'heure. Un catalogue traité par une chaîne a la même marge, le même fond et la même échelle sur ses 30 000 fiches, et cette homogénéité se voit immédiatement sur une page de résultats.
Ce qui reste à l'humain, c'est l'arbitrage : décider qu'une teinte doit être fidèle plutôt que flatteuse, qu'une pièce mérite une vue supplémentaire, qu'un objet particulier sera mieux servi par une prise de vue refaite. Ce sont des décisions de catalogue, pas des gestes de production.
Dans les catalogues que nous traitons, la part d'images remontées à un humain reste inférieure à 1 %. C'est néanmoins la capacité à les signaler qui fait la valeur de l'ensemble : une automatisation qui traite tout sans jamais rien remonter oblige à tout vérifier, et n'a donc rien automatisé.
Les matières qui demandent une préparation
Quatre familles de sujets se traitent différemment, et il vaut mieux les identifier au cadrage qu'en production : le transparent, le réfléchissant, l'ajouré et le monochrome sur fond proche.
Leur point commun est instructif. Dans les quatre cas, la réponse se trouve à la prise de vue, pas dans le traitement. Un fond choisi en fonction de la matière résout en amont ce qui coûterait cher à corriger ensuite.
Un flacon translucide pose d'ailleurs une question qui n'est pas technique mais éditoriale : faut-il laisser apparaître le fond blanc de la fiche à travers le verre, conserver une teinte pour que la matière reste lisible, ou reconstituer un arrière-plan neutre ? Aucune de ces réponses n'est supérieure aux autres. Le choix appartient au responsable du catalogue.
C'est pour cela qu'une chaîne commence toujours par la constitution d'une référence de qualité : quelques centaines de fiches déjà validées, qui matérialisent les intentions de l'entreprise. Sans elles, « c'est mieux » reste une opinion et les discussions sur la qualité n'aboutissent jamais.
Le volume à partir duquel cela se justifie
Le seuil se calcule en une ligne : le temps de préparation d'une image multiplié par votre flux annuel.
À partir de quelques milliers d'images par an, la question ne se pose plus. En dessous de mille, un prestataire de retouche reste souvent le bon choix, et le dire fait partie du travail de cadrage.
Côté calendrier, comptez une à deux semaines pour un catalogue de taille courante, cadrage, construction et traitement initial compris.
Le déploiement progressif mérite d'être défendu auprès de ceux qui le trouvent lent. Traiter une réserve, comparer aux fiches historiques, corriger, puis passer à la suivante : c'est ce qui permet de régler la colorimétrie avec le responsable du catalogue plutôt que de la découvrir en ligne.
La construction démarre entre 3 000 et 5 000 euros pour un catalogue de taille courante, et suit ensuite le nombre de formats, de places de marché et de cas particuliers. S'y ajoute un coût d'usage, facturé au volume traité, qui se compte en centimes par image. C'est ce second poste qui décide de la rentabilité à trois ans, et c'est presque toujours celui que l'on oublie de chiffrer.
Le seul indicateur qui compte
Le résultat ne se mesure pas au nombre d'images traitées. Il se mesure au délai entre la prise de vue et la mise en ligne, parce que c'est celui que le client final ressent et celui qui se traduit en chiffre d'affaires.
Les autres effets découlent de celui-là. Le catalogue est homogène, donc les pages de résultats sont plus lisibles. Les fiches sont complètes, donc les demandes de précision baissent. Les nouvelles acquisitions sont en ligne immédiatement, donc elles se louent.
Si vous envisagez un projet de ce type, commencez par les cas difficiles plutôt que par le cas idéal. Réunissez une centaine de photos représentatives de votre catalogue, en incluant délibérément les plus pénibles, celles que votre retoucheur garde pour la fin. Ce sont elles qui vous diront ce qui est réellement atteignable.


